La révolution française

Scène de la guerre des chouans, peinture de Auguste Emile Bellet, 1882

Lorsque éclatent les colères de  la révolution française, Bierné se retrouve à nouveau plongé dans les ténèbres de l’histoire. Républicains et Chouans se disputent ces arpents de terre.

Chouans en embuscade Peinture d’Évariste Carpentier

Vicaire à Bierné, Jean Pottier  prête, dans un premier temps, serment au nouveau régime.
Puis, non sans courage, il se rétracte. Les révolutionnaires l’emprisonnent alors à Laval en 1792. Afin d’éviter la déportation, Jean Pottier s’évade et regagne en secret le pays de Château-Gontier. Il rejoint alors, en tant qu’aumônier, l’armée catholique et royale  commandée par Marie Paul de Scépeaux de Bois-Guignot. Jean Pottier assiste à la victoire finale des Républicains en 1800.
Dans ses mémoires ecclésiastiques (Archives BNF ) concernant Laval et ses environs, pendant la révolution, Isidore Boullier, Curé de la Sainte-Trinité de Laval nous raconte, en 1846, le destin de ce Biernéen : M. Pottier, prêtre de Bierné, Paroisse de l’Anjou réunie au département de la Mayenne, s’était joint aux insurgés à Château-Gontier. Arrivé péniblement à Laval, il alla demander asile à une dame dont il était connu ; celle ci lui répondit qu’il ne serait pas en sûreté chez elle, femme d’émigré, et des plus suspectes aux patriotes ; mais elle lui remit quelque argent, et l’engagea à tâcher de regagner Bierné avant l’arrivée de l’armée républicaine. M. Pottier se mit en route le soir même, avec un laïc de son pays qui avait couru les mêmes chances. A deux lieues de Laval, épuisés de fatigue, ils entrèrent dans un moulin, demandant en grâce à y passer la nuit. Le meunier consentit à les recevoir, et les cacha de son mieux. Par malheur, ce brave home conta ce qu’il venait de faire à ses deux domestiques, et les engagea à ne pas faire de bruit dans la crainte d’éveiller les fugitifs ; mais ces deux misérables allèrent eux-mêmes les massacrer pendant la nuit.
Le sieur Pottier était titulaire d’un bénéfice (leg) nommé Boile et, suivant le titre de fondation, était chargé de la rétribution d’un maître d’école pour les enfants de la paroisse. Jean Pottier assurait lui même cette tâche. Aussi, constatant la disparition de Jean Pottier, le conseil général de la commune de Bierné  adresse une pétition aux autorités. Il les informe que le Sieur Pottier a « abandonné la paroisse quelques jours après la rétraction de son serment » et les « grains de Boile ont été mis dans un grenier dont la municipalité a la clef ». La commune est  alors « autorisée à régir provisoirement…et à payer avec les revenus et d’autres les maîtres et maîtresses d’école pour instruire les enfants. » Le Directoire arrête que « la commune de Bierné soit autorisée à présenter 3 sujets capables pour remplir les fonctions de maitre d’école et pareil nombre  pour les maitresses et déclare déchu de tout traitement ledit sieur Pottier ».  Le 6 février, le nommé Mincé et son épouse sont nommés maître et maîtresse d’école.

Un épisode de la chouannerie – Jules Girardet – Musée de Morlaix
Chouans, huile sur toile de Charles Fortin, XIXe siècle. Musée des Beaux-Arts de Lille

Bierné est devenu un enjeu pour les deux camps. Son église est incendiée et dans la nuit du 28 novembre 1794, les combats font 13 victimes parmi les habitants.
Dans ses mémoires sur la Chouannerie dans l’arrondissement de Château-Gontier, J. Pallu du Bellay   (Revue historique et archéologique du Maine – Année 1911 – Archives BNF) nous explique cet épisode sanglant :
Massacre de 13 patriotes à Bierné. – Plusieurs patriotes  de la commune de  Bierné,  réfugiés en cette commune, crurent  pouvoir  profiter d’un moment de calme  pour aller chez eux vaquer à leurs affaires, mais les Chouans, ayant à leur tête un prêtre qui s’était fixé à la terre de la Barre de Bierné, entrèrent spontanément dans le bourg au coup de midi, forcèrent les maisons de ces malheureux patriotes qu’ils entraînèrent dans leur chambre de conseil, et là ils furent condamnés à mort. Treize furent incontinent fusillés au pied de l’arbre de la liberté et un autre fut tué dans un jardin,   sur deux Chouans qu’il avait terrassés et qu’il étranglait. Ce courageux  républicain était menuisier et se nommait Corbin ; un seul fut dans le cas d’acheter sa vie pour une somme de 8000 francs qu’il paya sans déplacer. Ce prêtre forcené ne se borna pas à présider le conseil de sang, il concourut à l’exécution de ses jugements infâmes.  Ce forcené en  a tellement imposé aux habitants que  depuis l’amnistie il est constamment resté à Bierné où il n’a cessé d’exercer clandestinement son  ministère dont l’esprit de révolte est le principal but.
Réfugiés auprès de l’officier public de Bierné, M.  J. Bachelier,  Louis Landeau, Laboureur, Jeanne Guittet, veuve Lefebvre, témoignent du massacre. bouton cliquez ici pour en savoir plus

Embuscade de Chouans, huile sur toile d’Évariste Carpentier, XIXe siècle.

Pallu du Bellay nous raconte également les affrontements au château de la Barre le 1 juillet 1795 : Affaire de la Barre, le 13 Messidor. 40 Chouans tués et 19 chevaux pris.  Le 12 Messidor, an 3, il partit une colonne pour aller chercher des grains sur les communes de Boere et Bierné   le chef avait ordre de cerner le château de la Barre, ce qui fut exécuté. Mais par  hasard, il fut tiré un coup de fusil qui avertit grand nombre de Chouans qui s’y trouvaient alors, et dont la plus part eut le temps de se sauver. Quarante périrent et on  prit dix-neuf chevaux de leur cavalerie, qui furent amenés ici, tous équipés.

La déclaration des droits de l’homme

En 1800, le gouvernement désire appliquer une politique d’apaisement et reprendre le contrôle. Il crée une administration préfectorale, réorganise la justice.  Le premier préfet de la Mayenne, nommé le 2 mars 1800 par Bonaparte, est  Nicolas-François  Harmand. Le 28 septembre 1800, Maurice Chapillon, Meunier, est nommé Maire de Bierné .  L’homme a été choisi pour rétablir l’ordre et la paix. Pour  instaurer  une  pacification  durable,  il  faut  créer  un climat  propice  à celle-ci.  Cela  passe  par  une  décrispation  religieuse,  aussi  bien  dirigée  vers  le clergé  que vers  les fidèles  explique Jean-Noel Azé dans sa thèse de doctorat d’histoire  « La chouannerie mayennaise et sa mémoire ».
1004852-Concordat_1801Tandis que Bonaparte  abolit  notamment  les  lois  d’exception  de septembre  1797  sur  les  prêtres  réfractaires,  favorisant  le  retour  de  nombreux exilés, le nouveau Maire de Bierné décide de la  réparation de l’église, la construction d’un clocher et d’une sacristie. Avec une sagesse non dénuée d’arrières pensées, le préfet veut combattre  l’influence catholique  en la tolérant. Il accepte  la solidarité  chrétienne  lorsqu’elle  exerce  un service public : soins, bienfaisance  ou instruction. Il reste inflexible en revanche sur la question de l’état civil tenu désormais par les fonctionnaires préfectoraux. Bierné succède à Daon comme chef-lieu de canton en vertu de la loi  du 28 pluviose an VIII (17 février 1800).

La duchesse de Berry
La duchesse de Berry

La paix revient peu à peu. Pour autant, la période reste trouble. Le brigandage a remplacé la chouannerie… Le sous-préfet de Château-Gontier confirme l’existence de cette évolution criminelle : « Après une guerre civile aussi désastreuse, il reste toujours de mauvais sujets ennemis de l’ordre et de la tranquillité publique. Les ex-chouans, pour la majeure partie, se sont rendus de bonne foi et se livrent avec plaisir à leurs anciens travaux, mais il en existe malheureusement que le goût du pillage ou du moins le dégoût du travail tiennent encore dans l’état de révolte » .
La chouannerie se tient prête à mener de nouveaux combats. Proclamée le 9 août 1830, la monarchie de Juillet (1830-1848) succède en France à la Restauration. La branche cadette des Bourbons, la maison d’Orléans accède alors au pouvoir. Louis Philippe 1er est intronisé roi des Français. En 1832, son régime est attaqué de toute part et notamment par les légitimistes  avec la tentative avortée de la duchesse de Berry  de soulever la Provence  et la Vendée durant le printemps.  Marie Caroline Ferdinande Louise de Naples et de Sicile, duchesse de Berry  a d’abord ordonné une insurrection pour le 24 mai. Mais la date est repoussée avec le commandement en chef à la nuit du 3 au 4 juin.
A Bierné, dans la nuit du 23 au 24 mai 1832, le chef des chouans du Haut-Anjou, Gaullier a réuni ses hommes au Château de la Barre.  Il est trop tard pour modifier le plan des attaques.  A 6 heures du matin, Gaullier et 120 hommes quittent le château et se rendent dans la forêt de Bellebranche. Le 26 août, ces derniers chouans rejoignent le général Clouet  au château de Chasnay. Les soldats du 31e de ligne viennent les débusquer. Gaullier doit battre en retraite et parvient à gagner Bouère. Au 30 mai, toute la troupe  et ses chefs se dispersèrent et « s’évanouirent »  avec une extrême discrétion. S’en suit dans le courant du mois de juin, une vague d’arrestations qui va jeter en prison les individus suspectés d’avoir participé à cette insurrection avortée. En vertu de l’état de siège, décrété également en raison des émeutes républicaines qui agitent la capitale, des conseils de guerre sont mis sur pied, mais leur installation ne se fait pas sans heurts. Le 11 juin, les magistrats du tribunal de Laval refusent de se dessaisir des dossiers d’inculpation des chouans. Néanmoins, malgré cet acte de protestation, des condamnations à mort, notamment celle du journaliste pamphlétaire Tharin, sont proclamées. Mais ces sentences ne seront pas exécutées car la cour de cassation prendra un arrêt invalidant la création des conseils de guerre comme anticonstitutionnelle. Dès lors, à l’automne 1832, les juridictions civiles peuvent commencer à instruire les procès des insurgés. Afin de soustraire ces derniers à la vindicte de l’opinion publique, les assises se déroulent généralement loin des lieux d’exaction des chouans. Ainsi, en décembre 1832, ce sont 104 chouans sarthois qui passent en jugement à Orléans. Le jury se montrera particulièrement clément en ne condamnant que 7 individus à des peines d’emprisonnement ou à la déportation et en acquittant un grand nombre de roturiers issus pour la plupart du monde agricole ou artisanal. L’amnistie générale proclamée en 1837 viendra mettre un terme aux suites judiciaires données à cette dernière chouannerie. Le calme s’installe à nouveau dans les campagnes et à Bierné.

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Site officiel de la commune de Bierné en Mayenne (53)