Bierné et la grande guerre

Emile Renou, Eugène Métivier, Donatien Joufflineau, Louis Girault, Alexandre Talineau, Henri Hériveau, Auguste Planchenault, Albert Guerry, Georges Delaunay, Auguste Guerin, Auguste Cohu, Jules Baffour, Ernest Chesneau, Pierre Bigot, Albert Heriveau, Henri Thirault, Auguste Prudhomme, Maurice Tireau, Henri Guinoiseau, Arsène Guerry, Goeffroy de Chivré, Léon Guideau, Pierre Blot, Auguste Baffour, Lucien Houdbine, Robert Métivier, Joseph Crosnier, Auguste Gerbeau, Victor Chaussi, Henri Forget, Georges Hervé, Auguste Leclerc, Auguste Leroi, Eugène Hayer, Amédée Denou, Abel Buchot, Louis Paillard, Charles Allard, Raymond Germond, François Lefrançois,  Jules Crosnier, Pierre Nail, Louis Derouet, Théodore Leroi, François de Chivré, Auguste Brillet, Louis Saugrain.

Ils avaient entre 19 et 34 ans. Simple soldat, brigadier de train, Maréchal des logis ; incorporés dans les régiment d’infanterie ou dans les bataillons de Zouaves ; 47 enfants de Bierné,  égarés depuis la cote 304 dans la Meuse, jusqu’à Dorpolie en Grèce,  en passant par Cuperly dans la Marne, ou encore Locre en Belgique.

Certains comme Georges Hervé n’auront vu la guerre que le temps d’un assaut. Georges décède, à l’âge de 19 ans, le jour même, de son incorporation au 27ème Dragon le 7 octobre 1915. D’autres survivront jusqu’en  1921 puis suivront la même trajectoire tragique. Ils auraient dû être agriculteurs, commerçants… ils aspiraient à devenir pères de famille, certains l’étaient déjà.

Les familles se résignèrent à voir partir un père, un mari, un fils, unSoldats-1918 frère…en plein été au moment où les travaux des champs demandaient tous les bras. A Bierné, comme ailleurs, on s’attendait à une guerre courte. La liste des incorporés morts au combat s’allongea au fils des années : 13 en 1914, 11 en 1915, 7 en 1916, 5  en 1917 et 11 en 1918.

16 juin 1916,  l’annonce du décès d’Auguste Baffour qui a eu lieu plus de 5 mois avant.

La presse informait du malheur qui touchait telle ou telle famille. La censure veillait à ce que des informations considérées comme stratégiques n’apparaissent pas dans les les actes de décès.

7 août 1916 – Annonce du décès d’Henri Forget. Le lieu a été censuré.
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Des collectes sont organisées – Ouest Éclair – 3 juillet 1917 – Archives BNF

A Bierné, on comprit rapidement que cette guerre serait une boucherie, mais on ne se doutait pas qu’elle durerait 4 longues et terribles années. Le 6 septembre 1914, alors que débute la contre-offensive française sur la Marne, le Conseil Municipal se réunit sous la Présidence de son Maire Alfred de Chivré. Quatre jours auparavant, devant l’afflux des blessés à l’hôpital de Château-Gontier, il fut décidé de transformer l’école publique de filles en ambulance (poste de secours). Le soir même, 24 blessés y furent installés. Les élus de Bierné votent une subvention d’urgence de 300 francs. Cette somme vient compléter la « bonne volonté des habitants » qui a permis  de « parer aux premiers besoins ».

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Femmes tirant une charrue. Historial de la Grande Guerre

Ces quatre années de guerre vont imposer des souffrances à la nation toute entière. L’effort de guerre ajouté au départ des hommes pour le front plonge le pays dans les difficultés.  La mobilisation de la Première Guerre mondiale enlève un tiers des paysans à l’agriculture française. À cela s’ajoute la réquisition d’un tiers des chevaux qui entraîne la diminution des labours et donc de la production de céréales.
Les femmes doivent remplacer les hommes partis au combat. En ville, elle doivent  travailler dans les usines d’armement; dans les campagnes, il s’agit de nourrir non seulement les soldats mais le pays tout entier. Les produits de première nécessité sont rationnés . Il faut faire de longues files d’attente pour se procurer du pain et de la viande tandis que les prix augmentent.

JohnpershingLa fin des hostilités est un moment de joie intense mais de tristesse infinie à l’évocation de ceux qui ne reviendront jamais. Le 6 juillet 1919, le Conseil Municipal de Bierné se réunit et décide d’adresser sa gratitude au Général Pershing, Chef des troupes américaines sur le sol français. Dans cette délibération votée à l’unanimité, les élus de Bierné remercient plus particulièrement les troupes du  309 régiment d’infanterie US qui ont stationné à Bierné pendant plus de deux mois.

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Ouest Éclair – 30 mars 1919 – Archives BNF

Les américains sont chaleureusement remerciés… enfin pas tous. A Bierné, il y en a un qui doit regretter d’avoir trop bu ce mardi 25 mars 1919. Le fait divers fait grand bruit dans le village, il est désastreux pour l’image de l’armée américaine.
Leslie Cobb, soldat au 305è régiment, sera arrêté, condamné à la dégradation, à l’exclusion de l’armée, à la perte de sa solde et à deux années de travaux forcés !

A nouveau le comice agricole se réunit. Il présente  ses condoléances aux familles éprouvées, un grand merci aux « poilus » qui ont arrêté, repoussé et vaincu le « boche »  et qui ont fait de la France la plus belle des nations du monde et enfin de sincères remerciement aux  braves cultivatrices et cultivateurs qui n’ont cessé pendant ces dernières années d’apporter à la culture tout leurs soins…(Archives du comice agricole)

M. Peschard, grand invalide de guerre fut fait chevalier de la légion d’honneur en 1953

En 1911, Bierné compte 922 habitants… après guerre, en 1921, ils ne seront plus que 840. Aux 47 disparus dans les tranchées et les combats, s’ajoutera une diminution forte des naissances. Ceux qui sont morts et ceux qui sont revenus, blessés ou invalides, auront bien du mal à retrouver la vie d’antan.

1985, M. Lefaucheux , 92 ans, vétéran de la grande guerre, assiste aux cérémonies de l’armistice

C’est pour eux  que, 100 ans plus tard, le vendredi 1er août  2014 à 16 heures retentissait partout en France le toscin de la mobilisation générale. C’est pour eux encore que chaque 11 novembre, le village, en commémorant ses enfants disparus, lutte contre l’oubli, la dépersonnalisation, pour que ces hommes ne meurent pas une seconde fois.

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Site officiel de la commune de Bierné en Mayenne (53)