Aux origines de Bierné

D’où le village tire-t-il son nom ?  Nul ne le sait. En 1177, le sieur BEZAR s’interroge sur l’origine de ce petit village. il prétend que les terres appartenaient au vaste domaine de Biernecus… mais ceci n’a jamais été véritablement certifié.
Certains historiens expliquent que le village est issu d’un  anthroponyme germanique mal déterminé « Biarneium ».  D’autres ont retrouvé la trace en 1174 d’un « Biarné » qui serait issu de « Bihan Arné ».  

Léon Maître,  nous fait part, en 1878, de ses recherches dans son «Dictionnaire topographique du département de la Mayenne ». L’archiviste de la Loire Inférieure, a retrouvé la trace un certain Guillelmus de Bierné  en 1190,  mais également d’un Gautério de Biherneio en 1208 ou encore de Galterius de Byerné en 1225. 
Hippolyte Sauvage, dans un ouvrage publié en 1868, nous explique enfin  « L’industrie a creusé, en détournant ces cours d’eau, des biez, biers, bieux, qu’elle a utilisés pour ses moulins, pour ses usines, pour ses fabriques. Les biez ont produit les Biars, les Biards, les Biers et Bierné« … mais là encore, rien n’est vraiment sûr.

Est-ce parce que la terre a été si bien retournée ? Ou plus simplement parce qu’il n’y avait jadis que des grandes étendues de bois ? Toujours est-il qu’aucune trace de l’homme préhistorique et néolithique n’a été trouvée à Bierné.  Aux grandes forêts peuplées de loups, aux zones de marécages nimbées de brume… les hommes semblent avoir préféré les sites naturellement protégés autours des cours d’eau comme à Azé.

A l’époque celtique, le Haut Anjou est habité par le peuple des Andes. Quelques aristocrates celtes  possèdent des domaines sur lesquels des pagani (paysans) cultivent le froment, l’orge et le millet et élèvent des chevaux, des ânes et des porcs. Au IXe siècle, apparaissent les manses, petites domaines ruraux comprenant une maison, un jardin et des champs.
Ce premier millénaire qui précède la fondation de Bierné est une succession d’invasions. Celle de la conquête de la Gaule par les Romains, de 59 à 52 avant JC, puis celle des Saxons en 455, des francs en 486 et enfin celle des Normands au IXe siècle. Bierné, tout comme Bouère (pays boisé en latin)  n’est alors qu’une forêt dans laquelle on ne pénètre pas sans appréhension.
Aux alentours de l’an 1000, le pays tout entier entreprend de conquérir  le sol. Partout les hommes défrichent et donnent aux campagnes un nouveau visage.  L’effort est souvent individuel et désordonné ; celui de petits paysans qui tentent d’agrandir la surface cultivée. Mais il est aussi collectif avec l’apparition d’habitats regroupés : les hameaux et les villages.
Bierné, est né ainsi, à cette époque,  bordé, au sud, par le Béron, petit ruisseau qui  prend sa source à Bierné, passe à Argenton, le Coudray-Gesniers et se jette dans la Mayenne à Daon, après un cours de 4 lieues.

 Féodalité et seigneuries.

Croquis de la motte féodale (reconstitution), in B. DESBORDES, 1996.

Pour protéger les populations angevines des invasions, Charles le Chauve autorisa la construction de forteresses : les mottes féodales. Cet ouvrage de défense médiéval ancien, était composé d’un rehaussement important de terre rapportée de forme circulaire  comprenant des palissades et des fossés, et entourés d’une douve.
IMG_1941Bierné en possède une dont la construction, plus tardive, remonte au XIIème siècle. Cette motte est aujourd’hui en partie détruite, recouverte de végétation mais on distingue encore les fossés en eau. Elle était destinée à marquer la domination sur ses terres de la seigneurie DOUET-SAUVAGE.      

Au début du XIème siècle, une paix fragile est revenue entre les angevins et les normands. Le régime féodal s’installe en Anjou. Sur les points stratégiques – Craon, Château-Gontier, Segré, Pouancé Châteauneuf, Bouère – sont construits des châteaux-forts.

Bierné appartient au comté d’Anjou et la Baronnie de Château-Gontier. Le village intégrera la sénéchaussée secondaire de Château-Gontier lors de sa création en 1595.
La Baronnie de Château-Gontier comportait un territoire mixte, relevant à la fois du conté d’Anjou et du diocèse du Mans (Cossé, Gennes, Longuefuye,Fromentières…) et des paroisses relevant du diocèse d’Angers comme Azé, Chatelain, Argenton, Daon, Saint-Michel-de-Feins, Saint-Laurent des mortiers et Bierné.

Les Barons de Château-Gontier partagèrent leur domaine et inféodèrent leurs terres à d’autres petits seigneurs afin d’entretenir et de défendre leurs baronnies. Le Haut Anjou fut ainsi divisé en de nombreux fiefs qui parfois dépendaient de plusieurs suzerains. Le vassal devait hommage et fidélité à son suzerain. Il devait également le service de la guerre dit de l’Ost, le tour de garde au château, le service à la cour de justice et autres devoirs.

Le territoire de la commune était ainsi divisé entre différentes seigneuries.

Ainsi pendant près de cinq siècles, une riche famille, les Briand, posséda le fief de la Grenonnière. Le 16 février 1414, noble homme Jehan Briand, écuyer, seigneur de Brezet de la Grenonnière, rend aveu au seigneur de la Motte-de-Vaux, en Bierné, fief vassal de la châtellenie de Châtelain. Dans son « Étude sur la vie privée au XVe siècle en Anjou », André Joubert nous livre en 1884, les traces de Jean Briand : « ….la Grenonnière, sittué en la paroisse de Bierné,   contenant en maison, courtilz (jardin potager), vergiers, estraige (aire où on bat le blé), motte, fosses doubles et douves, quatre journaux de terre au environ, joignant d’ung cousté aux courtilz Estienne Bachellier et au chemin par lequel l’on va de l’hostel dudict Dechellier  à l’hostel de la Metairelle, une tousche (plant d’arbres), de gros boys, ainay que les hayes de la Gillotière, des pièces de terre, des prés, des closeaux (petits clos) et des pastiz (paturages)». André Joubert nous apprend que le seigneur de la Grenonnière avait « droit de voirie et seigneurie, droit de bailler mesure à bled (blé) et à vin, d’avoir les espaves et levaiges  (Droit qu’on prélève sur les marchandises qui sortent d’un lieu ou qui y arrivent)». En 1630, le domaine de la Grenonnière est acheté par Pierre Le Maistre. Il passera en 1742 aux mains de la famille Ernault de Montiron qui procéda rapidement à sa démolition et à la construction d’un château à Noirieux.

L’Abbé Angot relève la trace d’une autre motte féodale figurant sur un plan du XVIIIe siècle. Celle-ci se situait aux  Poiriers et était en 1495 la propriété de Jacques de Bréon.
Le Plessis-Boureau appartenait en 1324 à Joanin Boureau, marié à Agnès d’Ingrandes, fille de Pierre d’Ingrandes et de Jeanne de Quatrebarbes.
La  Grande-Poulinière fut donnée par Jean Gaultier de Brûlon à Claude-Trajan, son fils, en 1614.
Le Port Joie, situé sur la route de Saint-Michel-de-Feins appartenait au seigneur de Daon en 1787.
Le château du Saulay, entre Bierné et Châtelain fut en 1567 propriété de Michel Bourreau.  En 1714, y était installé un poste de gabelle.
La Bergerie appartenait à Marguerite Bodin, veuve d’Henri de Chivré (1684).
La Bretonnière : en 1417, le seigneur de la Bretonnière était le vassal  de la Grenonnière.
Les Couraux était la propriété du seigneur de la Grenonnière.
Le Minzé était une terre noble qui relevait de Château-Gontier  et dont rendit aveu Fouquet de Thévalle en 1414.
La Balayère, ancienne métairie, fief de Pierre d’Anjou en 1414.

Bierné, terre de Gabelle

Pendant longtemps,  le sel fut le seul moyen de conserver les aliments.  Il permettait également de sécher  poissons et viandes douces et était un composant nutritif indispensable pour le bétail. Le sel  était donc un élément indispensable et stratégique. En 1343, par ordonnance du roi Philippe VI de Valois, le sel devient un monopole d’État. À la même époque, sont créés les Greniers à sel, tribunaux chargés de juger toutes les contraventions relatives à la Gabelle.  La perception de la gabelle n’est pas uniforme. Le royaume était divisé en six ensembles obéissant à des règles différentes : les pays de grande gabelle, les pays de petite gabelle, les pays de salines, les pays rédimés, les pays de quart-bouillon et les pays francs. Dans les pays de grande gabelle, on devait acheter obligatoirement une quantité fixe annuelle de sel, ce qui transforme la gabelle en un véritable impôt direct :  l’Anjou et donc Bierné appartenait à cette division.  La Bretagne était dans les pays francs exemptés de tout droit de gabelle. La gabelle figurait  parmi les taxes les plus impopulaires et a engendré une contrebande  spécifique, celle des « faux-sauniers » . Le faux-saunier était un contrebandier qui allait acheter, par exemple en Bretagne   du sel qu’il revendait dans le Maine et l’Anjou, après l’avoir fait passer en fraude sans payer la gabelle. Il encourait la condamnation aux galères  s’il travaillait sans armes, la peine de mort s’il avait des armes.  Les employés de la Gabelle, des capitaines aux gardes sont appelés les «gabelous ». Tous jouissent des exemptions de gabelles et autres impôts. Les officiers sont recrutés localement. En  1733, un biernéen René De La Beccanne  est  garde au Port-Joulain (Marigné).

Propriétaires et cultivateurs se partagent les terres.

Les paysans sont pour la plupart pauvres. Les progrès agraires n’apparaissent que très lentement et s’étalent sur plusieurs siècles. Les outils ne sont pas performants, l’utilisation de l’engrais est quasi inexistante. Les grandes innovations techniques sont limitées : L’emploi du cheval au lieu du bœuf, celui de la charrue au lieu de l’araire et enfin l’introduction de la rotation triennale qui remplace les rotation biennale.  Les outils sont en bois ; le fer reste très cher et réservé aux riches.   Le monde agricole est très vulnérable, même si désormais la famine frappe moins qu’avant. Les rendements restent faibles et les intempéries provoquent des catastrophes.

Le rythme de la vie épouse celui des saisons : labours, semailles, récoltes. Les distractions sont rares, le travail est rude.  Mais les terres sont bonnes. Elles nourrissent les familles. Le paysan vit avec le soleil et du son des cloches. Il  travaille du lever jusqu’au coucher du soleil. En hiver, le froid et le gel de la terre les empêchent d’aller au champ. C’est un temps pour entretenir les outils. A l’inverse en été, les journées sont longues. Les femmes travaillent davantage que les hommes. Elles participent aux travaux des champs, s’occupent de la basse-cour et de l’entretien du foyer. Le dimanche est réservé aux pratiques religieuses.

Depuis le Concile de 801 d’Aix la Chapelle, les sonneries horaires sont devenues obligatoires en Occident. A l’aurore, la cloche sonne le moment du lever, à midi celui de dételer et le son du couvre-feu annonçait la fin de la journée de travail.

L'Angélus Jean-François Millet
L’Angélus Jean-François Millet

En 1065, le concile de Lisieux précise que le son de la cloche, à la tombée de la nuit, doit signaler la retraite et la prière. Le couvre-feu met un terme à toutes les activités de la journée. Les commerçants doivent fermer leur boutique, les habitants doivent fermer leurs portes et ne plus paraître dans les rues.  En 1095, au concile de Clermont, le Pape Urbain II institue la sonnerie de l’angélus chaque jour, à la tombée de la nuit, pour appeler le peuple à la prière.

L’habitat est encore rudimentaire.  Il utilise pour ses murs les schistes ou parfois simplement de la terre grasse pétrie avec du foin. Les maisons n’ont qu’une porte et peu ou pas d’ouvertures. Constituée d’une ou deux pièces, une chambre froide pour la nuit et une chambre à feu dans laquelle tout le monde se réunissait. L’étable est accolée à la masure, ainsi que la porcherie. Le sol est en terre battue. Les fosses à purin sont souvent accolées aux puits et à l’origine de nombreux décès.

En 1695, Bierné compte 1815 arpents de terre : 685 en terres labourables, 360 en prés, 343 en pâturages, 342 en terres ingrates et landes, 60 en vignes, 25 en bois.
Autour de l’église s’organise une rue centrale et commerçante. Les différents corps de métiers développent leurs activités dans le bourg. Le commerce s’effectue en louis, écu, et liard mais on compte en livre (1/3 de l’écu) en sou (1/20 de livre) et en denier (1/12 de sou). Jusqu’en 1621, on utilise les chiffres romains.

L’effrayant costume du médecin luttant contre la peste

A partir de 1579, La majorité s’obtient à l’âge de 25 ans alors que l’espérance de vie ne dépasse guère les 40 ans. Les épidémies sévissent et accablent Bierné en octobre 1606 puis en décembre 1639. En 1748, la peste ravage à nouveau le pays angevin. Pour lutter contre l’épidémie, l’Eglise prône auprès des fidèles la pénitence et la prière pour apaiser la colère divine.   Au mois d’août 1748, il est décidé d’abattre tous les chiens qui vont aux cadavres dans les paroisses où l’épidémie sévit.
Aux épidémies, s’ajoutent les intempéries. Le 4 mai 1760, orage et foudre de grêle tombent sur Bierné.  Un cinquième  des récoltes est perdu.

En 1641, Bierné possédait déjà une école.

 

  • La coutume des Mouillotins à Bierné :  Extrait de la Revue des traditions populaires – Mai 1903 – BNF
    Chacun connait la fête craonnaise des Mouillotins qui consiste à quêter, pour une bonne cause des œufs en chantant demandes et remerciements, dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Pourtant à Bierné comme dans de très nombreuses communes du Haut Anjou, cette fête n’a pas été toujours aussi bon enfant. Le 4 janvier 1780, quatorze curés des paroisses du ressort d’Angers et du ressort de Château-Gontier adressent une supplique à leur hiérarchie. Ils exposent que depuis des temps immémoriaux, chaque première nuit du mois de mai, des attroupements de garçons divisés par bandes, courent les campagnes et les bourgs, quelquefois au son des instruments, et se présentent aux portes pour avoir des œufs. Les maisons dont on n’est pas content, sont insultées, les instruments de labourage jetés dans les puits, les jardins dévastés. Une de ces extravagances consiste à amener les charrettes sur les puits qui sont ordinairement à découvert et à y enfoncer le timon. La rencontre de ces différentes bandes est décidée par le plus fort pour enlever aux autres le fruit de leurs quêtes. Souvent d’anciennes antipathies de paroisses font naître des défis et les plus maltraités remettent leur vengeance à l’année suivante.  Le dimanche après le 1er mai les œufs sont mangés au cabaret, les danses, l’ivrognerie, les disputes tiennent toute la journée.
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Site officiel de la commune de Bierné en Mayenne (53)