La lente évolution du village

CPA_Bleuet_de_France_1914-1918Le 11 novembre 1918, chacun imagine reprendre sa place et que le temps va panser les plaies de la guerre.
Mais les quatre années de souffrances ont des prolongements désastreux sur la vie du village.

Ouest Éclair 22/09/1920
Ouest Éclair 22/09/1920

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Les 47 noms inscrits sur le monument aux morts bientôt inauguré sont autant de familles avortées et autant de bras en moins pour les exploitations.  Jamais plus Bierné ne retrouvera le même nombre d’habitants (911 en   1911).

La lente évolution des campagnes débute
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En 1929, le Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics publie une grande enquête  agricole qui décrit le monde rural en Orne, Mayenne, Sarthe et Maine et Loire. Le comice agricole se réunit pour apporter sa contribution.

Les rentiers ruraux ont disparu depuis le début du siècle. C’est moins l’inflation du lendemain de guerre qui les a fait disparaître que la diminution lente de la rente foncière. Partout dans le département c’est le triomphe de l’exploitation familiale : entre 1912 et 1929, les très petites exploitations (1 ha et moins) disparaissent, les moyennes (10 à 40 ha) s’accroissent et les grands domaines voient se réduire leur importance. La femme joue un rôle de plus en plus grand dans la direction de l’exploitation.

Ouest Éclair – 31 octobre 1931 – BNF

Ce triomphe de l’exploitation familiale survient dans un contexte de crise agricole qui ne sera surmontée qu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.
Déjà les baisses des prix des produits agricoles et le poids des dépenses, notamment des impôts et taxes sont dénoncés. Une nouvelle crainte s’installe dans les esprits : l’abandon des campagnes. L’inquiétude est justifiée. Entre 1892 et 1928, la population agricole totale de la Mayenne est passée de 189 570 à 156 600 habitants. L’agriculture a perdu 18 660 actifs. Le nombre d’exploitations s’établit en 1928 à 25 812 contre 28 129 un demi-siècle plus tôt. L’exode vers la ville, ses industries et ses emplois publics, et le machinisme naissant explique cette évolution.

Les paysans s’instruisent des progrès techniques.

Ouest Éclair 20 novembre 1931 – BNF

En 1923, le Directeur des services agricoles de la Mayenne indique qu’il a effectué 34 conférences, le dimanche, dans le département. Ces réunions sont bien fréquentées avec une moyenne de 45 auditeurs. Bierné est sur la liste. Les sujets traités : l’emploi rationnel des engrais chimiques, les maladies de dégénérescence des pommes de terre, les moyens pour augmenter les rendements du blé, le crédit mutuel agricole et enfin l’amélioration de l’espèce bovine.

L’agriculture nouvelle 12 juin 1926
Louis VIot met Bierné à l’honneur ce 6 mai 1934. Ouest Eclair

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Et les résultats sont là avec notamment l’amélioration de la race bovine et la diffusion de la Rouge des pré créée  à partir du croisement d’une race locale rustique, la Mancelle, avec des taureaux de race Durham d’origine britannique, recherchés pour leur précocité et leur qualité bouchère.

La vie au village

Le bourg s’est développé au cours du siècle précédent. L’artisanat rural conserve de l’importance. Les catégories traditionnelles (forgerons et charrons) sont encore dominantes mais des métiers plus modernes, d’abord en ville, se développent, comme les électriciens-mécaniciens.
En cette fin de 19 ème siècle, une nouveauté est apparue en France : la carte postale. De petits photographes locaux vont ainsi permettre de conserver les scènes typiques de la vie quotidienne de nos villages.  Le bourg de Bierné est devenu très animé. Hôtel, café, horloger, boucher, épicier, coiffeurs, garagiste, boulanger, sabotier, grainetier, menuisier, maréchal-ferrant… ces commerçants et artisans vont rythmer la vie du village du matin au soir jusqu’au années 60.
Découvrez ces clichés qui datent des années 1900 à 1950 et les commentaires réalisés avec Marie-Jeanne Marchais, Camille Blanchouin et Raymond Leroy.

Trois maires et deux guerres.

En un peu plus d’un siècle (1800-1908) , Bierné a connu 12 maires entre 1800 et 1908. A eux deux,  Alfred de Chivré et  Pierre Davost  effectueront 38 années de mandats entre 1908 et 1947, marquées par deux guerres.
Élu Maire en mai 1908, le Baron Alfred de Chivré aura traversé les deux conflits. La première en tant que lieutenant au 20ème Dragon de Limoges puis capitaine et chef d’escadron de cavalerie, la seconde,  en tant que 1er édile.  Alfred Marie François de Chivré est né le 27 juillet 1854 au Château de Gonneville.  Élève officier  à l’école de cavalerie, il sort au 4e rang avec une note générale « Très bien ». A 32 ans, il épouse à Troyes dans l’Aube Marie Madeleine Coperchot avec qui il aura 7 enfants. Il rachète le vieux marquisat de la Barre à Bierné, qui était converti en ferme et le fait restaurer, ainsi que le mausolée de Catherine de Chivré profané sous la révolution.
Alfred de Chivré  fut également Président du Conseil d’Arrondissement de Château-Gontier en 1922-1925. Le Conseiller d’arrondissement était un mandat intermédiaire entre le mandat de Maire et celui de conseiller général. Élu pour 6 ans, il émet des vœux qui seront ensuite transmis par le sous-préfet pour être examinés au cours de la séance suivante du Conseil général.  Le 31 juillet 1925 Alfred de Chivré s’éteint dans sa 71 ème année.

Le 29 septembre 1925, les Biernéens élisent Henry BOIVIN. Le nouveau Maire est cultivateur route de Saint-Michel. Il est également régisseur du Château de la Barre. Il est très connu du monde agricole notamment pour les nombreuses récompenses qu’il obtient chaque année au concours des poulinières et au concours départemental. Politiquement, l’homme est un conservateur. Mais il est également un agriculteur de « progrès » et de son temps qui préconise l’emploi de l’engrais chimique et la sélection des semences. Son mandat ne durera qu’une année. Henry BOIVIN décèdera subitement en 1926.

Une fête à Bierné en présence du Maire, M. Davost
Une fête à Bierné en présence du Maire, M. Davost

Personnage tout en rondeur et boulimique de travail, Pierre DAVOST est  originaire d’Origné. Marchand de grains route de Châtelain, il est le père de deux enfants, tous deux boulangers l’un, Pierre, à Bierné, l’autre, Coll. CB (1)Raymond, à Château-Gontier. En mai 1925, à l’âge de 51 ans, il devient adjoint au maire Henry BOIVIN, puis en décembre 1926, il devient le 1er édile de Bierné. Il restera Coll. CB (3)21 ans à la tête du Conseil Municipal, conservera son mandat en 1944 et sera réélu, pour deux années, en 1945.  Au mandat de Maire, Pierre DAVOST ajoutera celui de Conseiller d’arrondissement entre 1930 et 1940. Républicain de gauche, c’est durant sa gouvernance que l’électricité arrive dans le bourg.

Des changement dans les modes de vie

La vie quotidienne se transforme doucement. Les changements sont lents et apparaissent souvent insignifiants. Depuis la guerre, les exigences et le besoin de bien-être sont plus forts.

Cela se voit dans l’alimentation qui évolue. La famille paysanne fait toujours trois principaux repas. Depuis la guerre, la consommation de café au lait se généralise et vient remplacer la soupe qui était servie à chacun des trois repas (matin, midi , soir).  A ces repas s’ajoutent les casse-croûtes qui permettent de tenir aussi bien le froid de l’hiver que durant les longues journées de travail en été. Le cidre, fabriqué à la ferme, est consommé à discrétion. Le café est bu à toutes occasions. Il est souvent additionné d’eau de vie distillée par le cultivateur. La qualité du repas s’est améliorée depuis la guerre. Il conserve pendant la semaine le pain, la soupe et le porc. Mais il fait entrer, le dimanche, dans les foyers  la viande de boucherie. Le Biernéen consomme également des volailles et des lapins.  Le beurre figure sur toutes les tables. Il remplace le fromage sur le pain de froment, encore boulangé à la ferme mais de plus en plus échangé chez le boulanger contre du blé ou de la farine.
Les fermes changent peu mais il commence à apparaître au bourg des maisons avec salon, chambre transformée en pièce de réception ou d’apparât (on y expose les objets les plus beaux en vitrine, comme la vaisselle de qualité) et aussi lieu du souvenir familial (photos) : « sorte de nouvel autel aux dieux lares, ils s’ornementent du maximum de ces reliques du nouveau culte que sont les souvenirs de toutes espèces et les photographies » . Le changement décisif, l’électrification, n’a pas encore eu lieu dans les fermes.  L’éclairage reste assuré par des lampes à pétrole pour le logement et des lampes tempête pour les bâtiments d’exploitation.
La famille reste à la base du système économique agricole. Elle se compose du père, de la mère et des enfants au nombre de quatre en moyenne.  Elle accueille généralement les vieux parents. Tous participent au travail commun dans le mesure de leurs forces. Les enfants sont conçus de façon rapprochée. Ils sont une charge pendant les 15 premières années, puis remplacent progressivement les domestiques et les salariés. Le mariage  de l’un des enfants coïncide toujours avec son établissement. C’est un événement familial et économique qui entraîne un déplacement de capitaux et qui oblige l’exploitant de recourir à nouveau à la main-d’œuvre salariée. Les garçons se marient entre 22 et 26 ans et les filles entre 20 et 24 ans.

En novembre 1936, une nouvelle peur s’empare du département de la Mayenne. Après les communes de l’Huisserie et de Saint-Pierre des Nids, c’est à Bierné qu’apparaît un cas de rage : « Un chien présentant une salivation abondante, des symptômes nerveux d’excitation, fait une fugue d’un kilomètre environ et est retrouvé le jour même, presque entièrement paralysé. Néanmoins, l’animal est mis en observation sous la surveillance d’un vétérinaire sanitaire, mais le propriétaire pris de frayeur, abat son chien d’un coup de feu« . Un arrêté interdit pendant quelques temps la divaguation des animaux domestiques.

L’école 

Le 7 décembre 1902,  le Bulletin des Congrégations nous apprend que l’école de Bierné est laïcisée.
Les temps ont changé. Désormais lorsque les enfants ne fréquentent pas l’école, c’est la gendarmerie qui se charge de rappeler aux familles leur devoir d’éducation.

Ouest Éclair
4 août 1932

Sources : BNF

 

L’instruction des filles, c’est l’objectif que se fixe en 1911, l’abbé Barreau.  Curé à Bouessay, l’abbé Barreau a été nommé à Bierné en 1907.  Il acquiert une propriété la sortie du village sur la route de Miré et décide d’ouvrir une école. Elle s’appellera l’école Sainte-Famille. En 1913, une première classe est ouverte et est confiée à Mlle Berthe Langevin… mais déjà le bâtiment s’avère trop étroit. Une année plus tard, grâce au don d’une parcelle de terrain de Mme Houssin, une nouvelle construction est réalisée. Les travaux sont réalisés tant bien que mal compte tenu de la mobilisation des hommes pour la grande guerre. Une nouvelle classe avec un dortoir à l’étage sort de terre et peut ouvrir aux enfants dès 1915. Pour financier le fonctionnement de l’école, une vente de charité sera organisée chaque année. Pendant  30 ans, Mlle Langevin formera  une partie des écolières de Bierné.

Les rassemblements
Ouest Éclair 30 mars 1937

Le recul de la vie religieuse fait disparaître le rôle de l’église et de la messe dans leur rôle social. Les grandes fêtes agraires comme les Rogations (bénédiction des récoltes) ne sont plus guère célébrées; les Rameaux sont toujours célébrés, mais essentiellement pour protéger la maison individuelle : le sens est familial et non plus collectif. Le culte n’est plus agraire.

De nombreuses coutumes (d’origines païennes, mais christianisées) reculent. Les carnavals (donnant lieu à des facéties, aspersions ou barbouillages, de la part de jeunes gens masqués, qui s’y livrent au cours d’un déplacement dans les maisons du village) se font rares. Les veillées disparaissent : les familles restent chez elles. Cette disparition indique bien la mutation décisive : le repliement sur le groupe familial, et le recul  de la vielle collectivité villageoise.

La "fête des voisins " en 1937... Tous les habitants de la rue du Maine posent ensembles. Au premier rang : Paulette Geslot, Irène Fournigault, Colette Taunais, Paule Blu, Gisèle Gendry, Annick Taunais 2ème rang : André Blu, Renée Blu, Andrée Taunais, Yvonne Geslot, Gérard, Ménard, Robert Geslot, Auguste Chehere 3ème et 4ème rang : Madeleine Leclerc, Mme Gouault, Léontine Placais, Madeleine Chadaigne /Gendry, Mme Leclerc, Annick Leclerc, Suzanne Pagis, Renée Pagis, Isabelle Gendry, Mme Berthelot, M. Chehere, Marcelle Blu, Marie Guyon/ Chehere. Au dernier rang : Adrien Fournigault, Louis Geslot fils, Louis Geslot, Michel Hesnault, Pascal Gendry, Auguste Fournigault, Armand.
La « fête des voisins  » en 1937… Tous les habitants de la rue du Maine posent ensembles.
Au premier rang : Paulette Geslot, Irène Fournigault, Colette Taunais, Paule Blu, Gisèle Gendry, Annick Taunais
2ème rang : André Blu, Renée Blu, Andrée Taunais, Yvonne Geslot, Gérard, Ménard, Robert Geslot, Auguste Chehere
3ème et 4ème rang : Madeleine Leclerc, Mme Gouault, Léontine Placais, Madeleine Chadaigne /Gendry, Mme Leclerc, Annick Leclerc, Suzanne Pagis, Renée Pagis, Isabelle Gendry, Mme Berthelot, M. Chehere, Marcelle Blu, Marie Guyon/ Chehere.
Au dernier rang : Adrien Fournigault, Louis Geslot fils, Louis Geslot, Michel Hesnault, Pascal Gendry, Auguste Fournigault, Armand.

 

1938 : Beaucoup de monde pour accueillir le neveu de M. Echat en tenue militaire. Fernand et Albert Mottais, Simone Echat, Marie-Thérèse Viot, Denise Pean, Maurice Viot, Georges et André Mottais, M. Legrand Léon Echat, Mme Mottais, Thérèse et Suzane Echat, Mme Boisbouvier et Emilienne Boisbouvier, Sauzane Pean, Gabriel Fouiller, Augustine Boisbouvier Henri Rousseau, M. Poitevin, René Bechepois, M. Mottais, Marie-Louise Echat, Alice et Pierre Pean, Maurice et Marie-Louis Viot, Madeleine Echat
1938 : Beaucoup de monde pour accueillir le neveu de M. Echat en tenue militaire.
Fernand et Albert Mottais, Simone Echat, Marie-Thérèse Viot, Denise Pean, Maurice Viot, Georges et André Mottais, M. Legrand
Léon Echat, Mme Mottais, Thérèse et Suzane Echat, Mme Boisbouvier et Emilienne Boisbouvier, Sauzane Pean, Gabriel Fouiller, Augustine Boisbouvier
Henri Rousseau, M. Poitevin, René Bechepois, M. Mottais, Marie-Louise Echat, Alice et Pierre Pean, Maurice et Marie-Louis Viot, Madeleine Echat
 Comice agricole et concours des poulinières. 

Le 22 juin 1923, le Conseil Municipal de Bierné sollicité par un grand nombre d’éleveurs de Bierné et des communes voisines demande que le concours de poulinières qui se tient à Château-Gontier soit scindé et se tienne à Bierné. Le conseil municipal a voté une subvention annuelle de 300 francs pour ce concours. Il argumente sa demande en faisant valoir l’extension de l’élevage du cheval dans les deux cantons de Bierné et Grez-en-Bouère… et souligne que 17 primes sur 22 décernées à Château-Gontier en 1922 sont revenues aux éleveurs des dits cantons. Le Directeur du dépôt d’étalons d’Angers a émis un avis très favorable.

Les courses hippiques et des fêtes

Les courses de Bierné sont réputées. Elles se déroulent sur hippodrome de la Barre  et sont répertoriées par toutes les sociétés de courses.

Ouest Éclair – 9 octobre 1936 – BNF

1938

Les courses rassemblent la foule. On vient de loin pour parier, c’est pourquoi des services d’autocars spécifiques ont été mis en place depuis Angers et Laval.
Il fait beau, ce 11 octobre 1931, et visiblement tous les Biernéens sont à l’hippodrome de la Barre ou à la fête foraine….la suite est dans l’Ouest Éclair qui envoie son meilleur « Rouletabille » mener l’enquête.

 

Après la grande guerre, Bierné veut vivre. Le village organise des fêtes et même des meetings aériens !

Ouest Éclair 03/07/1930

 

 

 

 

 

 

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Tout est fait pour que l’ensemble du village soit rassemblé. Le concours des reines de beauté « Fée des roses  » et « Reine de l’agriculture » s’ajoute à un défilé  parfaitement agencé. Les chasseurs sont sollicités et  encadrent la manifestation.

... l’élection de la reine des campagnes
… l’élection de la reine des campagnes
L’élection de la Reine du bourg...
L’élection de la Reine du bourg…

 

 

 

Les reines défilent...le char est bien encadrée par la société de chasse.
Les reines défilent…le char est bien encadrée par la société de chas

 

 

 

Ouest Éclair 30/06/19 Cliquez sur l’image
1935 : Le comité des fêtes organise son concours de pêche au vivier.
1935 : Le comité des fêtes organise son concours de pêche au vivier.

 

 

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Site officiel de la commune de Bierné en Mayenne (53)